mardi 30 août 2016

La religion aux Etats-Unis, toute une histoire


La semaine dernière, j'ai assisté à ma première messe américaine. Et ce fut une expérience insolite !!!     
Mais avant de vous en dire plus, parlons un peu religion pour mieux comprendre la part de la spiritualité dans la vie aux Etats-Unis.

Les Etats-Unis sont un pays laïc avec une séparation de l'église et de l'Etat garantie par la constitution et le premier amendement.        
Pourtant, d'un point de vue extérieur cela ne semble pas évident... Les références à Dieu et à la bible  sont omniprésentes dans la vie publique et politique. Il n'y a qu'à écouter les discours des politiques en cette période d'élections... 

Rappelons aussi que les présidents prêtent serment sur la bible lors de leur cérémonie d'investiture et que les billets de monnaie affichent fièrement " In God we trust" (En Dieu nous croyons).
Mais comment est-ce possible dans un pays laïc ? 
On parle dans ce cas d'une laïcité aconfessionnelle, c’est-à-dire qui ne fait référence à aucune confession, religion en particulier mais à Dieu ou à la croyance en général incluant ainsi toutes pratiques confondues.

Dans les faits, les américains sont essentiellement chrétiens et pratiquent majoritairement le protestantisme qui s'est massivement développé depuis l'arrivée des colons. Depuis, de nombreux courants se sont développés  tels que les : baptistes, méthodistes, luthériens, pentecôtistes, épiscopalien, presbytériens, unitariens...
Les colons français et la forte population d'Amérique latine ont aussi participé au développement de l'église catholique qui tient une place importante après le protestantisme. On retrouve également parmi les chrétiens, une forte communauté de mormons, orthodoxes, témoins de Jéhovah et parmi d'autres religions on retrouve le judaïsme, l'islam, l'hindouisme ou encore le bouddhisme.


Dans la vie de tous les jours, cela représente (d'après l'étude réalisée  par le Pew Research Center en 2007) 84% de croyants, 39% d'américains qui assistent à  un office religieux chaque semaine et 56% de personnes pour qui la foi a une place très importante dans leur vie.    
La pratique de la religion a tendance, comme dans beaucoup de pays, à diminuer mais reste très forte. 
Bien sûr, il y a des disparités géographiques et si le Nord est moins pratiquant, le Sud est très attaché à la religion.       
La partie Sud Est et Sud centrale forme d'ailleurs une zone particulière appelée la Bible Belt  (la ceinture de la Bible).       
Il s'agit d'une zone très religieuse et  très  conservatrice, avec une majorité de protestants puritains, dont la Caroline du Nord fait partie !


RELIGION

Dans la vie de tous les jours, c'est donc surprenant pour nous, français laïques et rarement pratiquants, voire même croyants.     
Et cela transforme facilement des moments classiques de la vie américaine en anecdotes marrantes pour nous.
Parmi lesquelles, le jour où j'ai découvert que :         
- l'on ne pouvait pas acheter d'alcool le dimanche matin à l'heure de la messe
- les enfants disaient leurs grâces à l'école avant de manger
      
- la rédactrice du magazine mode/société que je viens d'acheter parle du "créateur" dans l'édito                  
- des panneaux publicitaires géants au bord de la route, des tee-shirts et autres accessoires à la gloire de Jésus

Mais une des raisons pour lesquelles la religion est si forte ici c'est qu'elle a su (pour la plupart des courants) se moderniser et changer de ton pour s'adapter à l'évolution de la société. 
Vous allez comprendre de quoi je parle en découvrant le récit de notre première messe.

Revenons donc à nos moutons.
Cela fait un moment que j'ai envie d'assister à une messe américaine. 
 
Après une première  tentative ratée en Alabama (l'explication dans la première partie de l'article par ICI), nous nous décidons la semaine dernière à assister à une messe qui se tient dans  le centre-ville  de Durham et dont on nous a parlé. Nous revêtons donc nos habits du dimanche et nous rendons pour le service de 11h de l'église Baptiste de Summit Church. 
À peine arrivés, nous découvrons que nos expériences de messes catholiques sont à 1000 lieues de ce qui se passe ici...
Habituellement, la messe a lieu dans le bâtiment du théâtre de la ville. Petite précision, il n'est pas rare qu'une église ne soit pas une église en tant que lieu mais une communauté qui se réunit dans une salle. Mais ce jour-là, a lieu un festival de films gays et la cérémonie est déplacée dans un autre bâtiment juste à côté. 
En arrivant, nous repérons un stand pour les nouveaux arrivants. Quelle organisation !
Nous nous présentons, remplissons un petit formulaire sur une tablette et recevons un sac de bienvenue comprenant un verre avec le logo de l'église et de la documentation. Puis, la jeune bénévole nous escorte carrément jusqu'à la pièce où se tiendra la messe.     
Il s'agit d'une salle de conférence avec moquette au sol, et chaises installées devant une scène sur laquelle se tient un écran géant et des instruments de musique.
On est là pour la messe ou un concert ? On ne saurait dire. 
Les paroissiens arrivent petit à petit, ils sont globalement jeunes et majoritairement blancs (il est important de rappeler qu'il existe de très nombreuses églises et qu'elles fonctionnent souvent par communautés raciales).

Un décompte annonce le début du service et à la seconde prêt, un jeune homme prend la parole pour annoncer le début de la cérémonie. Rapidement suit un petit concert pop-rock mené par ce dernier et deux jeunes femmes avec textes à la gloire de Jésus et de la foi, bien sûr ! Derrière, les paroles défilent pour que tout le monde puisse chanter. D'ailleurs, certains dans le public sont totalement portés par les chansons, bras en l'air et tête vers le ciel.
Après deux, trois chansons, une vidéo est diffusée sur le grand écran. Il s'agit d'une pub qui fait l'éloge de la foi toujours et vante les mérites d'appeler son enfant Emmanuel, prénom dérivé de l'hébreu Immanouel, qui signifie Dieu est avec nous.
Mais quand je dis pub, je ne parle pas d'un court-métrage ringard comme on pourrait s'y attendre, non je parle d’un vidéo dernier cri avec gros plan, flou, ralenti, musique émotion... Bref, de quoi faire concurrence aux pubs de Nike !
Sans transition, le pasteur débarque mais pas dans la salle, non, sur l'écran !
Et oui, nous allons assister à un office retransmis sur grand écran. Etrange...
Encore, plus inhabituel, le pasteur en jean et polo commence son discours à la façon d'un one man show. Et c'est parti pour plus d'une heure d'une oraison passionnée avec un flux de paroles impressionnant. Le pasteur déborde d'énergie et alterne entre lectures de textes bibliques, anecdotes personnelles et clins d'oeil sur l'actualité.
Tout y passe les JO, les élections, le barbecue où il s'est rendu avec son fils et où ce dernier s'est fait piquer (photo à l'appui).... Si les messages sont assez simplistes (Dieu a toujours un plan pour nous, tout ce qui arrive a un sens, la communauté est là pour chacun), son sermon est brillant. Il a l'art de faire passer les textes les moins passionnants en usant de blagues, de métaphores ou de comparaisons avec la vie actuelle. Bref, c'est une vraie prouesse de communication !
Enfin, on termine sur un nouveau petit concert où les mains sont encore plus nombreuses à se tendre vers le ciel. Autour de nous tout le monde est transporté, presque hypnotisé par les paroles et l'amour pour Dieu.

Nous sortons de là, épatés. Si nos âmes égarées n'ont pas été sensibles au message religieux, nous sommes fascinés par tout le côté communication (sac de bienvenue, pub de haute qualité, brochures dignes d'une agence de com) et le nombre de bénévoles qui travaillent au bon déroulement de l'office : (hôtesses d'accueil, ingénieurs sons et lumières, artistes...). Des bénévoles se tiennent même à la sortie de la messe et dans le parking pour saluer les fidèles. 
Bref, on comprend pourquoi les américains sont si nombreux à se rendre à la messe tous les dimanches ! Foi et pratique mises à part, on est bien accueilli, l'ambiance est légère et chaleureuse, on rigole, on chante, bref, on passe un bon moment ! 

Si vous voulez avoir une idée de ce que ça donne, vous pouvez aller faire un tour sur le site de l'église par ICI.


2 commentaires:

  1. J'ai eu le même sentiment d'étonnement que toi en assistant à deux messes aux US. La première, à Harlem, dans une communauté noire était extraordinaire et très émouvante. Nous avons été accueillis à bras ouverts et avec une gentillesse incroyable, présentés pendant la messe aux paroissiens (je ne savais plus où me mettre). La seconde, à San Francisco m'a paru plus "commerciale", un peu comme celle que tu décris, avec écran géant et tout le toutim, mais les choeurs étaient superbes. Il n'empêche que ça change des messes d'une tristesse infinie de chez nous. Aux US, les chants, le gospel, le sourire et l'accueil, c'est quand même autre chose !

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  2. Oui, c'est vraiment le jour et la nuit... Il faudrait que les prêtres français fassent un stage ici pour apprendre à égailler leurs messes!

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